L’éthique

Je viens de finir la lecture du livre « Éthique à l’usage de mon fils » de Fernando Savater.  Ce livre suggère aux jeunes de très belles valeurs: liberté, justice, assistance, compassion, pensée libre, vie saine et plaisante. En résumé, pour l’auteur, l’éthique, c’est de s’arranger, de façon intelligente et libre, pour avoir une « belle vie ». Mais, j’ai été un peu déçu d’y voir deux erreurs fréquentes chez les philosophes: ceux-ci devraient mieux étudier la biologie et les dernières découvertes de la neurologie! J’explique mon point de vus sur ces erreurs et plus loin, je présente mes règles d’éthique.

Erreurs fréquentes chez les philosophes

Première erreur: Ça m’énerve quand je constate cette erreur de ceux qui affirment que nous, les humains, serions grandement supérieurs aux animaux; pour ces derniers, ce ne serait que l’instinct qui les gouverne, alors que nous, nous serions LIBRES, et nous serions les seuls à l’être! Vous savez, si un extra-terrestre biologiste venait sur terre et examinait les différents animaux, ce n’est pas l’être humain qu’il trouverait le plus intelligent, le plus libre, le plus sage: les mammifères marins tels les dauphins, les orques, etc. qui ont des cerveaux plus gros et avec plus de circonvolutions que celui des humains, l’emporteraient. Évidemment, vous pourriez dire que les humains ont construit des cités…, eh bien les termites et les fourmis aussi. Les animaux supérieurs ont une culture qu’ils transmettent à leur progéniture, ils communiquent par des langages complexes, ils s’adaptent à des nouvelles situations, apprennent et inventent de nouvelles méthodes de chasse ou même d’amusement. Saviez-vous que le gouvernement indien a adopté une loi donnant au dauphin le statut de « personne non humaine »? Les mammifères sont conscients comme nous, ils ont des sentiments et ils sont capables de prendre des décisions. Bien sûr, tout comme pour nous, il y a une grande part d’inconscient (d’instinct comme certains aiment dire…) dans leurs comportements…

Mais, de tout temps, les hommes se sont considérés aussi supérieurs que leur ignorance le permettait.

Deuxième erreur: On laisse planer une ambigüité à propos de la liberté. Même si on admet qu’on est fait essentiellement de matière (la dualité âme-corps est un peu passée de mode), on conserve, sans le dire ou en prendre conscience, la notion chrétienne, sophistiquée et confuse de libre-arbitre, permettant de diaboliser ceux qui font le « Mal »; on reste empêtré dans cette croyance, ce sentiment, comme quoi on peut choisir, sans aucune contrainte, entre le Bien et le Mal, comme si on était une entité distincte désincarnée, indépendamment de la matière dont on est fait, pouvant dire oui ou non, pouvant décider de faire le Mal, comme ça, juste par méchanceté. Cette conception de la liberté permet de pouvoir catégoriser les personnes comme étant bonnes ou méchantes. L’ambigüité vient de cette tendance à donner des sens absolus à des notions subjectives et relatives de la vie de tous les jours comme la liberté, le bien et le mal. Peut-être qu’on tient à garder cette ambigüité parce qu’on craint que, si on était clair sur cette question, alors tous les criminels ne pourraient plus être punis! (Je trouve en effet qu’on ne devrait pas punir, mais ré-éduquer, ré-adapter, et si une personne est dangereuse, voir à ce qu’elle ne mette pas les autres en danger.)

Alors, sommes-nous libre? Oui, mais pas Libre.

Cela peut être difficile à accepter pour quelqu’un qui a eu une éducation judéo-chrétienne, mais, nous ne sommes faits que de matière et notre fonctionnement obéit aux lois physico-chimiques. Il ne faut pas en conclure que nous sommes comparables à un engrenage d’horlogerie. Nous sommes des structures biologiques extrêmement complexes capables de conscience, de liberté et d’amour et capables de raison. Notre cerveau peut analyser une situation imprévue, prendre une décision, vouloir, choisir entre oui et non; il possède même des mécanismes de choix pseudo-aléatoires (dans le jeu « roche, papier, ciseau » par exemple) comme en Java ou en C++. Le cerveau est comme un ordinateur super performant (même si ses méthodes de transmission de l’information (par l’influx nerveux et les réactions chimiques aux synapses) sont relativement lentes).

Nous sommes libres si nous pouvons réagir aux évènements comme nous voulons, c’est-à-dire qu’après que les mécanismes très complexes de décisions de notre cerveau ont abouti, nous pouvons faire des actions en accord avec ces décisions. Ces mécanismes de décisions sont avant tout des processus neurologiques et peuvent aussi être influencés par toutes sortes de facteurs: le hasard, l’effet papillon (effet très important dans les systèmes très complexes),  sans doute même des effets quantiques; mais aussi, la culture, la morale inculquée, la considération des autres (parce que nous sommes des animaux sociaux), le remord ou la culpabilité (si notre culture nous a inculqué qu’une action était mauvaise et qu’on la fait, on se sent mal même si on est le seul à le savoir, mais surtout si on craint que ça vienne à se savoir…).

Est-ce que nous sommes responsables? Oui, mais pas Responsables.

Si notre cerveau fonctionne bien et, qu’influencé par nos émotions, nous prenons une décision tout en étant pleinement conscient, alors nous sommes responsables. Mais sachez, que si vous étiez à la place d’une autre personne, avec les mêmes expériences, le même cerveau, vous agiriez de la même façon qu’elle, à moins qu’un élément de hasard ou l’effet papillon aient pu changer quelque chose. Une décision responsable reste le résultat de processus neurologiques, quoique très complexes; et il n’y a pas de magie, pas d’esprit, pas de métaphysique, pas de paranormal, pas de transcendent: tout ça, c’est de la foutaise.

Et l’éthique?

Ce qui précède nous incite à une grande compassion envers tous les humains et même envers les autres êtres vivants; il n’y a pas de bons et de méchants; nous sommes tous à nous débattre pour vivre. Mais en fait, ce qui devrait être le fondement de toute éthique, c’est la survie (des différentes espèces, de la nôtre, de la vie en général) et la poursuite de l’évolution vers des êtres de plus en plus complexes et de plus en plus adaptables.

1- Soyons humbles: comme nos aptitudes viennent de la complexité de la matière dont nous sommes fait et que la complexité n’a pas de limite, on peut imaginer des êtres un million de fois plus complexes que nous et pour lesquelles nous serions comme sont les fourmis pour nous.

2- Oui, c’est naturel de fuir la douleur et de rechercher le plaisir car ce sont des moyens que l’évolution nous a donnés pour survivre; mais ce n’est pas nécessairement le but de notre vie.

3- Mais nous sommes dotés d’intelligence qui nous permet de voir plus loin que le bout de notre nez et donc de chercher à prévenir des douleurs et prioriser des plaisirs qui pourraient se produire à plus ou moins long terme.

4- Comme chacun est le mieux placé pour savoir ce qui lui cause de la douleur ou du plaisir, il doit être le plus libre possible pour fuir cette douleur et chercher ce plaisir.

5- Mais nous sommes des animaux sociaux et se faire rejeter par les autres nous causent beaucoup de peine et nous met même en danger, il faut donc accepter des compromis pour que tous et chacun de nous puissions avoir accès à notre part de plaisir, de bonheur, de joie et au soutien et à l’affection des autres; il faut même être proactif pour s’assurer qu’aucun ne soit oublié et tous aient accès à la santé physique et psychologique et à la connaissance.

6- Aussi, parce que nous sommes des animaux sociaux, nous ressentons du plaisir à soigner, à enseigner, à rendre heureux (ce qui va aussi augmenter nos chances de survie en tant qu’individu et en tant qu’espèce), donc, nous devons encourager ce genre d’activité.

7- Aussi, parce que nous sommes des animaux intelligents, nous sommes curieux et avons du plaisir à comprendre (ce qui augmente les chances de survie de notre espèce); nous devons donc stimuler la recherche.

8- Comme toute espèce, nous voulons nous perpétuer et nous sommes assez intelligents pour constater qu’on va vers un échec si on continue sur la voie de la destruction de notre environnement et de la biodiversité: il faut donc prendre les moyens pour corriger le tir et voir à ne pas détruire notre milieu de vie afin d’espérer que notre espèce ait un environnement sain pendant encore des millions d’années. Si en 6 millions d’années, nous avons évolué du chimpanzé à l’humain, imaginez ce que nous allons devenir dans 6 autres millions d’années! En fait, le but de la vie d’un individu, c’est la survie de l’espèce! Et le but de l’espèce, c’est d’évoluer, de s’adapter… ou de disparaitre…

 

 

 

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A propos pierremorin2001

Professeur de physique à la retraite
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