Le cerveau, cette merveille!

Je vais vous révéler une vérité dont bien peu de personnes ont conscience et celles qui la connaissent, n’y pensent généralement pas. Il vous faudra un effort intellectuel pour bien comprendre cette vérité, même si je vais faire de mon mieux pour vous l’expliquer. La voici en quelques mots: ce que vous voyez, entendez, sentez, goûter, ce n’est pas le monde réel, il s’agit d’un monde créé par votre cerveau et dans votre cerveau. À partir du monde réel, le cerveau crée, dans ses structures neuronales, un monde plus simple, plus convivial, on pourrait presque dire un monde virtuel. Tout au long de l’évolution, des nouvelles propriétés attribuées aux différents objets sont apparues dans le cerveau des animaux pour remplacer les propriétés réelles trop complexes des phénomènes de la nature. Ces propriétés créées par le cerveau vous sont tellement familières que vous êtes fortement portés à croire qu’il s’agit de la réalité. Quelles sont elles?

Prenons l’exemple de la vision des couleurs. Nous savons que la lumière visible est une onde électromagnétique dont la fréquence peut varier de 790 à 385 THz (térahertz= mille milliards d’oscillations par seconde)). Ces ondes pénètrent l’œil et certaines cellules de la rétine, appelées cônes, sont sensibles à la lumière; nous en avons plusieurs millions dans chaque œil; il y a quelques catégories de cônes, chacune étant plus sensible à une certaine plage du spectre visible. La lumière qui pénètre les cônes d’une zone de la rétine produit des réactions chimiques qui entrainent des séries d’impulsions électriques qui, par le nerf optique, informent le cerveau que telle zone de la rétine a reçu de la lumière d’un certain type. Au lieu d’informer la conscience que d’un point de l’espace a été émis une lumière composée de telles ou telles fréquences, le cerveau donne à ce point une couleur. Cette couleur, qui vous parait si réelle, n’est qu’une pure invention du cerveau, qu’une illusion, qu’une structure de neurones. Bien sûr, cette illusion n’est pas choisie au hasard, il y a une corrélation entre la couleur et la lumière qui l’a produit. Mais, la lumière a une fréquence, une longueur d’onde, une vitesse, mais elle n’a pas de couleur! La couleur est une propriété donnée par le cerveau à un point de l’espace qui est plus conviviale que les propriétés réelles: les fréquences de la lumière émise par ce point. C’est vraiment étrange qu’on ait un sentiment si intense de la réalité du rouge d’une pomme  ou du bleu du ciel ou du vert des feuillages quand on sait que ce ne sont que des illusions. (Si vous êtes daltonien, c’est quand même le cerveau qui crée la ou les couleurs que vous voyez: le blanc plus ou moins intense, ou qui sait, peut-être que vous voyez tout rouge ou tout bleu…)

La lumière qui vient de toutes les directions traverse les lentilles de l’œil et crée sur la rétine une image inversée de ce qui est devant nous. Le cerveau reçoit donc de l’œil une quantité énorme d’informations (de l’ordre du million d’impulsions) à un rythme de plusieurs dizaines de fois par secondes; ces données ne peuvent être envoyées en vrac à la conscience et doivent être traitées. À partir de ces impulsions électriques envoyées par les rétines des deux yeux, le cerveau crée une image non inversée, en couleur, dé-pixelisée et en trois dimensions qui nous semble être à l’extérieure, autour de vous. Mais, c’est une illusion, cette image est dans votre tête! Le cerveau réussit si bien à nous faire croire que l’image est extérieure à nous, qu’on a beau bouger la tête, tourner les yeux de toutes sortes de façons, l’image parait toujours très stable (à moins d’un abus d’alcool ou d’une rotation très rapide). Évidemment, si vous voyez un objet devant vous, même si l’image est complètement dans votre tête, il est sans doute devant vous quand même, cet objet; vous pourrez vous assurer de sa présence en y touchant… L’objet est peut-être réel, mais pas son image à moins de la considérer pour ce qu’elle est, une structure neuronale dans votre cerveau.

Et il n’y a pas que la vision qui est concernée: tous les organes sensoriels envoient des quantités incommensurables de données sous la forme d’impulsions électriques au cerveau et celui-ci doit faire des synthèses de ces données à l’aide de propriétés complètement originales que j’ai du mal à qualifier: virtuelles, fictives, irréelles… Ces propriétés sont entre autres les sons, les sensations de chaud, de froid, de toucher, les saveurs et les odeurs. Toutes ces sensations sont la mise en activation de réseaux complexes de circuits neuronaux que notre conscience prend pour des phénomènes extérieurs bien réels. En effet, la belle musique que vous entendez est créée par votre cerveau à partir de vibrations mécaniques de vos tympans qui eux sont entrainés par les vibrations de l’air ambiant; ce n’est qu’un mouvement de matière qui n’a aucun son, pas plus que la lumière n’a de couleur. L’odeur agréable de la rose que vous sentez est créée par votre cerveau à partir des réactions chimiques entre les émanations de la rose et la surface des cellules olfactives lesquelles envoient des impulsions électriques qui sont interprétées par le cerveau; mais les molécules n’ont aucune odeur, elles produisent simplement des réactions chimiques diverses que le cerveau interprète comme des odeurs. Même le sentiment agréable que le parfum nous procure est une création du cerveau…

À suivre…

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11 commentaires pour Le cerveau, cette merveille!

  1. Epoustouflant ! merci Pierre; venant de toi, avec tout ton savoir scientifique, je n’ai aucun mal à penser que tout ce que tu dis est vrai et que tout ce que nous entendons , voyons, écoutons, sentons et goûtons est une fabrication très subjective de notre cerveau !
    Dis à Micheline que je l’appelle sous peu et que j’ai bien reçu ses 2 messages ♡ ❤

  2. Luc Morin dit :

    À suivre…
    Et la suite ce serait quoi?
    La science est une théorie très logique et très rassurante, mais complètement refermée sur elle-même.
    J’aime bien cette prudente affirmation : « L’objet est peut-être réel… », mais je ne suis pas prêt à conclure : « il est sans doute devant vous… »
    Car je ne suis pas vraiment « rassuré de sa présence en y touchant » puisque ce touché n’est qu’une autre invention de mon cerveau.
    Et, « Cette couleur, qui vous parait si réelle, n’est qu’une pure invention du cerveau… »
    Ne serait-ce pas qu’une autre invention du cerveau que cette « corrélation entre la couleur et la lumière qui l’a produite »?
    L’odeur agréable de la rose est peut-être une création du cerveau, mais comment peut-on affirmer qu’elle constitue une interprétation d’une réalité que seraient des émanations d’une rose?
    Tout ce traité scientifique est très bien construit et je ne peux que m’en féliciter moi-même puisqu’il démontre qu’il est lui-même une création de mon propre cerveau sans aucune influence extérieure vérifiable.
    Et, existe-t-il un extérieur? Et si la vie n’était qu’un rêve (dont la mort me réveillera peut-être…)?
    Mon propre cerveau ne serait-il que la seule réalité vérifiable? « Je pense, donc je suis. » Mais, est-ce que je pense vraiment?
    Et si mon cerveau n’existait même pas?

    • Luc Morin dit :

      Mais en dehors de ces élucubrations philosophiques, il faut reconnaître qu’on nous présente ici un exposé scientifique très juste et d’une grande clarté. C’est un régal pour notre curiosité.
      Félicitations.

    • Merci pour le commentaire. Il porte à réfléchir et ça me plait.
      Oui, je suis d’accord sur un point, c’est qu’on n’est sûr de rien. Mais, j’ai fait le choix de croire, et c’est sans aucun doute un pur acte de foi de ma part, qu’il y a un monde réel qui était là avant moi et qui le sera après, même si je ne comprends pas bien ce que ça veut dire qu’être, être avant et être après. J’ai choisi de croire aussi que je ne suis pas le seul organisme pensant et conscient; qu’il y en a plein d’autres comme moi (humains, animaux supérieurs, extraterrestres), chacun étant le centre de son monde subjectif. Je pense enfin que mes sens et mon cerveau me donne un modèle du monde réel qui n’est quand même pas si mal (sinon je ne survivrais pas!) quoique je doive me méfier, vérifier méticuleusement et contre-vérifier les lois, qui semblent régir ce monde réel, et leurs implications.

  3. Luc Morin dit :

    Ah! Mais ça, ça ne se discute pas.
    La foi…
    Dommage, car je m’attendais à un deuxième chapitre tout aussi brillant, mais beaucoup plus fondamental.

    • Tu as raison, c’est décevant. Mais, je pense que ça dépasse mes compétences: je ne comprends pas ce que « exister » veut dire à moins de réduire son sens à quelque chose de simpliste. Par exemple: quelque chose existe si on peut utiliser le verbe « être » quand on en parle; ou, ce que j’aimerais, serait de définir exister comme ceci: ce qui existe, c’est la matière et l’énergie et toutes structures ou organismes plus ou moins complexes composés de matière et/ou animés d’énergie; quant aux idées, aux concepts et toutes ces choses abstraites, je les considèrerais comme des structures neuronales dans notre cerveaux. Mais je ne sais pas ce que sont matière et énergie, même si je connais des relations, des équations et des modèles concernant ces concepts. Ça prend toujours des axiomes qu’on doit admettre… Le mot foi est peut-être un peu fort, mais disons que j’ai choisi de supposer qu’un monde extérieur « existe » ainsi que d’autres êtres conscients. Je prenais le mot foi dans ce sens: un choix.

  4. Luc Morin dit :

    « Nous devons libérer l’homme du cosmos créé par le génie des physiciens et des astronomes, de ce cosmos dans lequel il a été enfermé depuis la Renaissance. Malgré sa beauté et sa grandeur, le monde de la matière inerte est trop étroit pour lui.

    Et de ce monde, qui est lui-même, il peut, s’il en a la volonté, parcourir les cycles infinis. Le cycle de la Beauté, que contemplent les savants, les artistes, et les poètes. Le cycle de l’Amour, inspirateur du sacrifice, de l’héroïsme, du renoncement. Le cycle de la Grâce, suprême récompense de ceux qui ont cherché avec passion le principe de toutes choses. Tel est notre Univers. »

    L’HOMME, CET INCONNU
    ALEXIS CARREL

    • Curieux hasard! Je suis justement en train de relire ce livre! Je pense qu’Alexis Carrel est un homme honnête et sincère même si ses idées sur la place de la femme, la supériorité de la race blanche, l’eugénisme, l’élitisme, etc. me font réfléchir: c’est un homme de son époque (avant la guerre 1945). Après la guerre, plusieurs de ces idées sont devenues un peu tabou. J’avoue que j’ai tiqué quand j’ai lu l’extrait que tu cites. Je n’ai pas du tout ce point de vue. C’est peut-être ma formation de physicien qui m’empêcherait de bien saisir cette citation. Je cherche les qualificatifs que j’attribuerais à cette façon de voir les choses… illuminé, contemplatif, nombriliste, … Toutes ces notions qu’on écrit avec une majuscule (Beauté, Amour, Grâce,…), sans vouloir en diminuer leurs valeurs, sont des phénomènes naturels, poussés à l’extrême grâce à notre cerveau super complexes. Mais, j’avoue que cette citation arrive à point et à propos; tu vois peut-être où je m’en vais, même si tu ne sembles pas d’accord.

  5. Luc Morin dit :

    J’ai été bien opportuniste en utilisant cette citation hors de son contexte et son à-propos m’a bien fait sourire. Mais, j’avais aussi un peu honte, au fond de moi-même, de m’appuyer sur ce personnage controversé dont je ne partage absolument pas la pensée.
    Je le considère comme un illuminé dangereux, un poète qui n’a pas toujours de suite dans les idées, curé pseudo-scientifique de service à Lourdes, homophobe, antisémite, pro nazi avant Hitler.
    N’a-t-il pas préconisé l’élimination des criminels (et même des fous) et le remplacement des prisons par « des établissements euthanasiques, pourvus de gaz approprié, qui permettrait d’en disposer de façon humaine et économique » et selon « des règles basées sur les vestiges de la morale chrétienne ».
    Mais c’était à une époque où on était antisémite et un peu fasciste un peu partout (même au Québec).

    • Wow! Je n’étais pas parfaitement au courant de ces opinions d’Alexis Carrel. Une amie, voyant le livre « L’homme, cet inconnu » sur mon bureau m’avait dit qu’elle avait été intéressée à lire ses livres (en tant que croyante, pratiquante) mais qu’elle a changé d’avis quand on lui a dit qu’il avait préconisé l’élimination des handicapés mentaux. Je me demandais si c’était vrai alors je suis allé voir dans mon livre dans le chapitre (où je ne suis pas encore rendu) où il traite de l’eugénisme: il parlait d’eugénisme volontaire… et je n’ai pas pris la peine de chercher plus loin (sur Internet par exemple) en pensant que l’amie avait peut-être été mal informée. Mais, je viens de trouver, page 435, à la fin du livre la citation où il pose la question pour les fous (comme il dit) qui ont commis des actes criminels si on ne devrait pas aussi en disposer…
      Il a été quand même un grand médecin et chercheur; il a même reçu un prix Nobel. Quant à moi, je suis ouvert à toutes les idées, même les plus tabou… mais j’espère que mes réflexions n’amèneront ni moi ni personne à justifier des idées racistes, sexistes, homophobes, de supériorité et d’infériorité, pour la peine de mort et autres idées du genre.
      En tous cas, je constate que la citation d’Alexis Carrel de ton commentaire précédent m’a stimulé et m’a influencé dans les textes que j’ai écrit par la suite…

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