L’Île Moneta

Imaginons une situation simple pour mieux comprendre les mécanismes monétaires. Plusieurs personnes (mettons 100 000) s’installent sur l’île déserte Moneta où il y a assez de ressources pour qu’elles puissent y vivre convenablement; l’île est isolée du reste du monde.

Imaginons que les personnes sont arrivées sur l’île avec leurs ordinateurs et /ou leurs cellulaires et qu’en arrivant sur l’île, elles y ont installé un système Wifi!

Un gouvernement est créé et une personne astucieuse (le banquier) propose de créer une banque privée. Toutes les personnes, toutes les entreprises et le gouvernement s’ouvrent un compte dans l’ordinateur de la banque. Une unité monétaire est choisie : le DH, pour dollar-heure. La banque n’imprime pas de billets; l’argent n’existe que sous forme scripturale, c’est-à-dire que les montants sont tout simplement inscrits dans le fichier des comptes.

Alors, lorsqu’une transaction se fait sur l’île, elle correspond à un transfert monétaire fait électroniquement d’un compte à un autre. Donc, la monnaie permet à une personne d’acheter ce dont elle a besoin et de vendre ses produits et services.

Création de l’argent à partir de rien

Mais, au départ, personne n’a d’argent dans son compte (pas même le banquier!); pour que le banquier inscrive de l’argent dans un compte, il vérifie la solvabilité du détenteur du compte et s’il est satisfait, il consent à lui faire un « prêt » avec intérêts en contrepartie d’un engagement de l’emprunteur de rembourser l’argent et de payer les intérêts. Ce sont d’abord les entrepreneurs et le gouvernement qui vont emprunter pour payer leurs employés ou fonctionnaires. Ces derniers auront alors de l’argent dans leurs comptes et pourront acheter différentes marchandises (biens ou services) produites par les paysans, les artisans, les entrepreneurs et des professionnels qui à leur tour auront alors de l’argent dans leurs comptes et le cycle peut se répéter des dizaines de fois avant que l’argent ne retourne dans les comptes des emprunteurs et qu’ils puissent alors payer leurs dettes. Donc, grâce à ceux qui empruntent, une quantité plus ou moins grande d’argent circule et fait rouler l’économie. Donc, les emprunts sont essentiels pour qu’il y ait de l’argent qui circule, mais personne n’est trop intéressé à faire ces emprunts à cause des intérêts qu’il faut payer; le jeu consiste donc à refiler aux autres, le plus tôt possible, les emprunts avec leurs intérêts.

Et si les emprunteurs ne remboursent pas?

Si beaucoup de petits malins, constatant que la banque crée l’argent à partir de rien, décidaient de ne pas rembourser leurs emprunts après les avoir utilisés pour se procurer des biens et services, alors il y aurait trop d’argent en circulation pour ce qu’il y a de biens achetables ce qui produirait de l’inflation (l’argent gagné perdrait de sa valeur). Les gens ne seraient pas contents. Par prévoyance, le gouvernement décide donc de menacer de prison ceux qui ne paieraient pas leurs dettes, ce qui fait qu’en pratique, les gens acceptent de payer leurs dettes (s’ils en sont capables…)

Il peut arriver que certaines gens ne puissent pas rembourser leurs dettes; alors, le banquier va essayer de refiler la dette à quelqu’un d’autre, par exemple au gouvernement, sinon, comme son bilan est examiné régulièrement, il devra payer lui-même cette dette en puisant dans son propre compte. En effet, si le banquier faisait semblant d’ignorer les dettes non payées, cela entrainerait de l’inflation que personne ne veut. Donc, le gouvernement vote une loi qui force le banquier à avoir un bilan équilibré et à compenser pour les mauvaises créances. (Mais, si le banquier se fait avoir trop souvent, il va être plus craintif, même parfois trop, avant de faire de nouveaux prêts et on pourra se trouver en déficit de monnaie…)

Les intérêts

On peut justifier les intérêts par le fait que le banquier devra payer les dettes d’emprunteurs qui s’avèrent finalement non solvables et aussi que les intérêts sont sa source de revenu.

Mais les intérêts posent un problème : imaginons que tous les emprunteurs payent leurs dettes, comment pourront-ils payer les intérêts? En effet, tout l’argent étant des dettes, s’il n’y a plus de dettes, il n’y a plus d’argent et il devient impossible de payer les intérêts. Une solution possible est que le banquier emprunte lui-même de l’argent à sa banque (argent correspondant au montant des intérêts qu’on lui doit), et qu’il dépense cet argent pour acheter des biens aux personnes qui doivent lui payer des intérêts. Cet emprunt créerait ainsi l’argent qui manque. Mais, en fait, le revenu du banquier est trop élevé pour qu’il puisse tout le dépenser; donc, d’autres personnes devront emprunter pour créer l’argent des intérêts… (vous allez voir qui et comment bientôt).

Les profits (et les économies)

Si les intérêts causent des problèmes, les profits aussi. Certaines personnes « économes » (entrepreneurs, professionnels, commerçants, travailleurs syndiqués qui fournissent des services considérés essentiels (police, plombier,…) ou tout simplement des bourreaux de travail) gagnent plus d’argent qu’elles n’en dépensent; elles font des profits. (Comme pour les intérêts, d’autres personnes ont dû emprunter pour créer l’argent des profits.) Les plus entreprenantes des personnes « économes » vont elles-mêmes investir leurs profits en créant de nouvelles entreprises, sinon, le banquier, par solidarité avec les autres riches (un peu intéressé aussi) va s’occuper d’investir leurs économies.

Profits et intérêts entrainent la croissance

Les intérêts et les profits (qui proviennent de nouvelles dettes qui ne sont pas assumées ni par la banque ni par les investisseurs) sont investis et entrainent automatiquement une croissance et une plus grande consommation. L’économie de l’île est entrainée dans une spirale de croissance sans fin et les gens doivent consommer de plus en plus. La masse monétaire augmente avec les nouveaux profits et les nouveaux intérêts que doivent payer les consommateurs; bien sûr la dette totale augmente en même temps.

Transfert de la dette aux pauvres et des propriétés aux riches

En fait, petit à petit la dette va être transférée au peuple et au gouvernement. Les entrepreneurs, grâce à une publicité agressive, convainquent les gens d’acheter leurs produits à des prix trop élevés. Les professionnels, les commerçants, etc. font payer trop cher les produits et services. Les gens ordinaires doivent donc s’endetter et les autres qui s’enrichissent, peuvent éliminer leurs dettes et faire assez d’argent pour ne plus avoir besoin d’emprunter. Finalement, les riches utilisent gratuitement l’argent dont les pauvres payent les intérêts. Si une personne du peuple veut payer sa dette (parce qu’elle est fatiguée de payer des intérêts), elle doit vendre à la banque ou aux riches sa terre ou sa maison.

Souvent, le gouvernement taxe trop peu : ou bien il ne taxe pas suffisamment la population pour se faire élire, ou bien (et plus souvent) il ne taxe pas suffisamment les riches parce que les élus ont été corrompus ou endoctrinés par les idéologues à la solde des riches, ou bien il paye trop cher pour les produits et services (à cause de la corruption et la collusion,…); ce qui fait que l’état s’endette et, stupidement, accepte aussi de payer les intérêts (le gouvernement s’impose de payer des intérêts sous prétexte qu’il craint d’être tenté de trop emprunter, et de causer une forte inflation en injectant trop d’argent dans l’économie). Si l’état veut payer ses dettes, ou bien il taxe plus la population et/ou réduit les services, ou bien il vend aux riches des territoires ou des infrastructures.

À plus ou moins long terme, toute l’île appartiendra aux riches.

En résumé, l’argent nécessaire pour permettre les nombreuses transactions est le résultat d’emprunts et c’est le peuple qui finit par devoir en payer les intérêts même si ce sont les riches qui possèdent cet argent et s’en servent le plus. À terme, la dette est supportée par le peuple et l’état, et elle est essentiellement le cumul des intérêts et des profits de la banque et des riches; elle est aussi l’argent disponible. En d’autres mots, le peuple paie à une entreprise privée (la banque) pour un service (l’argent) dont surtout les riches profitent.

(N.B. Si l’île n’était pas isolée, elle pourrait ne pas être endettée en endettant les autres îles en leur vendant son pétrole par exemple.)

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