L’intelligence avec un petit ‘i’, la pensée avec un petit ‘p’

J’espère qu’en écrivant ce texte sur l’intelligence, je ne dirai pas trop de stupidités… Je me dépêche d’écrire plein de choses que j’ai dans la tête avant qu’il soit trop tard et que je sois atteint d’Alzheimer ou d’une autre démence de ce genre… à moins que ce soit déjà cette démence qui agit et qui me fait écrire ces choses étranges…

Machines intelligentes?

Il est encore difficile d’imaginer une machine consciente ou capable de sentiments, mais une machine intelligente, ça se conçoit, et ça existe peut-être déjà! Après tout, quand un ordinateur peut battre le meilleur joueur d’échec, ne pourrait-on pas parler d’une machine intelligente? L’intelligence a-t-elle besoin d’être consciente pour se manifester? Après tout, chez les meilleurs joueurs humains d’échec, les processus mentaux qui guident leur jeu sont en grande partie inconscients; si la conscience prenait trop de place, elle entraverait ces processus. Bien sur, si un ordinateur peut battre le meilleur joueur d’échec, il n’a pas comme lui de conscience, de sentiments, de créativité et de curiosité; c’est vrai, mais ça viendra peut-être… et pour l’instant, il est quand même meilleur aux échecs!

Humain vs animal

On lit dans les dictionnaires que l’intelligence et la pensée distingueraient l’homme de l’animal; ce dernier suivrait son instinct. Plusieurs s’imaginent qu’intelligence, raison, compréhension et pensée sont propres aux humains. L’instinct aurait-il été inventé afin de nous faire accroire que nous sommes les seules à posséder ces dons intellectuels qui seraient du domaine de l’esprit; esprit que nous serions les seuls à avoir, d’ailleurs. Ces deux mots issus de l’antiquité, instinct et esprit, sont peut-être un peu désuets et risquent de nous entrainer sur de mauvaises pistes. Je préférerais considérer nos aptitudes intellectuelles comme des structures neuronales parfois innées (on nait avec elles) et parfois acquises (construites à partir des expériences de la vie et des informations fournies par les sens); et nous, comme les animaux, en avons des deux sortes; et la partie innée est loin d’être négligeable.

Les animaux ont de l’esprit…

Oui, je l’affirme, les animaux pensent, comprennent et raisonnent; ce qui devrait vous paraitre acceptable au moins pour les espèces qui ont un cerveau plus ou aussi gros que le nôtre et qui rivalise en complexité avec le nôtre: je pense en particulier et entre autres à plusieurs espèces de mammifères marins. Vous allez me dire que nous sommes les seules à avoir un langage et celui-ci est nécessaire à la pensée. C’est une erreur, d’abord parce qu’il y a des animaux qui ont un langage complexe (entendu comme instrument de communication), même si on n’a pas encore réussi à le décoder, et ensuite parce qu’on n’a pas besoin de langage pour penser; même que le langage peut être un boulet qui ralentisse la pensée. Le langage est d’abord un outil de communication; quand on se parle intérieurement, c’est comme si on s’exerçait pour exprimer plus tard notre pensée à quelqu’un d’autre. L’idée, la pensée, la compréhension, viennent avant les paroles pour les exprimer; et le plus souvent il n’est pas nécessaire de les exprimer, on s’en sert, c’est tout.

Nos facultés intellectuelles sont d’abord des processus inconscients

En fait, les pensées, les idées, les raisonnements, sont d’abord inconscients. Dans la fameuse intuition, c’est l’intelligence inconsciente qui est en jeu. Avant qu’un raisonnement arrive à la conscience pour être exprimé en paroles, celui-ci a déjà été conçu.  Chaque éclair de génie, chaque idée qui arrive à la conscience est comme une fenêtre qui s’ouvre sur l’inconscient. C’est un peu comme quand on se souvient de quelque chose, on ne sait pas trop comment, et tout à coup, le souvenir apparait. En fait, l’intelligence, chez l’humain, est à 99% inconsciente (inutile de vous dire que ce pourcentage est une évaluation approximative…).

La réflexion ou la pensée, ce n’est pas un discours intérieur, c’est un état où l’intelligence inconsciente est mise sur une piste par une situation, un évènement, un objet ou par la conscience elle-même et cette dernière est en attente des résultats; le cerveau est en ébullition, et, tout à coup, l’idée surgit; qu’on pourra ensuite exprimer en paroles si l’on veut. Une sorte de dialogue s’établit: la conscience reçoit un résultat de l’intelligence inconsciente et le met en mémoire pour qu’il serve de base au raisonnement suivant; c’est ce qu’on appellerait une prise de conscience; et l’inconscient se remet au travail.

Comment l’animal peut-il penser s’il n’a pas de langage intérieur?

Mais comme nous, il se concentre et l’idée vient. La question est donc de savoir comment cette idée s’exprime intérieurement dans la conscience. Par des symboles, des concepts, des abstractions, c’est comme ça que le cerveau fonctionne! Nous nous avons les paroles orales, mais le cerveau humain ou animal crée spontanément toutes sortes de symboles et ce sont ces symboles qui défilent dans la conscience. Quand le langage humain a été créé, il s’est fondé sur des structures déjà existantes: les sujet, verbe et complément existaient déjà. Ce n’était pas des mots, mais peut-être des images, des sons, des odeurs, des concepts de mouvements, de changements, d’actions,…  Vous savez, même les humains ne traduisent pas en paroles intérieures toutes leurs pensées. Dans mon cas, à moins que je réfléchisse sur un texte à écrire ou sur une prochaine discussion à avoir avec une autre personne, je pense en images et je ne prends pas la peine de tout traduire mes pensées en paroles. (Peut-être une paresse qui a eu pour conséquence que j’ai du mal à m’exprimer oralement; d’autres vous diront que c’est une sorte de méditation.)

Nos facultés intellectuelles héritées de nos prédécesseurs

Vous savez, ce que nous sommes est le résultats de centaines de millions d’années d’évolution et toutes les habiletés de notre cerveau nous ont été transmises par nos ancêtres animaux. Il semblerait que le cerveau de nos ancêtres humains est passé du volume de celui d’un chimpanzé à celui actuel en deux ou trois millions d’années et cela après que nous ayons déjà atteint la posture bipède (des conditions climatiques difficiles et rapidement changeantes auraient entrainé la sélection des individus avec des gros cerveaux); ce n’est pas en si peu de temps qu’on ait pu acquérir toutes nos habiletés intellectuelles; tout au plus, l’augmentation du volume de notre cerveau a rendu ces habiletés plus performantes. (Il faut aussi tenir compte de la culture qui s’est développée et s’est transmise de génération en génération et qui a facilité le développement des habiletés intellectuelles; il semble que nous ayons un besoin inné d’enseigner nos acquis culturels au plus jeunes qui eux sont avides d’apprendre: ainsi les découvertes de quelques individus géniaux ne sont pas perdues, s’accumulent et tous en profitent. Vous savez, avant le développement fulgurant de la culture, les hommes se considéraient comme des animaux comme les autres.)

Certains animaux ne devraient-ils pas avoir le statut de personne?

Oui, je reconnais que les humains ont bien réussi (jusqu’à présent), et leur intelligence est manifeste quand on regarde toutes leurs réalisations, mais je n’accepte pas qu’ils affirment être les seuls détenteurs des aptitudes intellectuelles telles que pensée, connaissance, raison, compréhension. (La mémoire aussi est une aptitude intellectuelle, mais dans ce cas, on accepte qu’elle puisse exister ailleurs que chez les humains, sans doute parce que ça fait déjà très longtemps qu’on a inventé une mémoire artificielle: l’écriture.) De plus en plus, les biologistes qui étudient les mammifères, observent chez plusieurs espèces beaucoup de manifestations de leur intelligence: capacité d’utiliser des outils, de résoudre des problèmes, d’imiter, de jouer, d’inventer, de créer, d’innover, d’avoir conscience de soi, de la mort, de faire preuve d’altruisme, d’avoir une culture; ces animaux devraient sans doute être considérés comme des personnes à part entière.

Et qu’est-ce que l’intelligence?

Mais finissons par ce qui aurait peut-être dû être le début. Qu’est-ce que l’intelligence? En fait, tout ce que j’ai écrit dans les paragraphes précédents peut être contesté dépendant de la définition qu’on donne au mot « intelligence ». Je pense que tous ces concepts: instinct, intelligence, conscience, pensée, raison, esprit, âme, qui ont été inventés dans l’antiquité, sont sans doute complètement désuets. La réalité, c’est que dans notre tête, nous avons un enchevêtrement de neurones dont la complexité a permis à notre espèce de survivre jusqu’à maintenant. Va-t-on un jour y comprendre quelque chose? Pourquoi pas: les neurosciences s’y consacrent.

2 commentaires pour L’intelligence avec un petit ‘i’, la pensée avec un petit ‘p’

  1. Luc Morin dit :

    « à moins que ce soit déjà cette démence qui agit et qui me fait écrire ces choses étranges… »

    Ce serait la preuve que la folie est proche du génie.
    Un brillant exposé, félicitations.

  2. Richard Bastien dit :

    Toujours intéressant de te lire mon cher Pierre.

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